Le mot « synchronicité » traîne aujourd'hui dans tous les feeds de développement personnel, réduit à « une jolie coïncidence ». C'est oublier d'où il vient : d'une correspondance de plus de vingt ans entre un des plus grands psychiatres du XXe siècle et l'un de ses plus grands physiciens.
L'histoire mérite d'être racontée sérieusement, parce qu'elle est plus rigoureuse qu'on ne le croit, et plus prudente aussi.
Une rencontre improbable
D'un côté, Carl Gustav Jung (1875-1961), fondateur de la psychologie analytique. De l'autre, Wolfgang Pauli (1900-1958), prix Nobel de physique 1945, l'un des architectes de la mécanique quantique. Pauli, en crise personnelle, devient patient de l'entourage de Jung à la fin des années 1920. De cette rencontre naît un dialogue rare : un psychologue et un physicien qui cherchent, ensemble, à comprendre comment le psychisme et la matière pourraient être reliés.
La définition exacte de Jung
Jung ne parle jamais de « coïncidence magique ». Dans son essai de 1952, La synchronicité, principe de liaison acausale, il définit précisément le phénomène comme la coïncidence significative entre un état psychique intérieur et un événement extérieur, sans lien de cause à effet entre les deux.
« Une coïncidence dans le temps de deux ou plusieurs événements sans rapport causal, ayant le même contenu de signification. »
Le mot important est acausal. Jung ne prétend pas que votre pensée provoque l'événement. Il propose que les deux surgissent ensemble, reliés par le sens, comme deux notes d'un même accord. C'est une hypothèse audacieuse, mais formulée avec une prudence que les usages actuels ont perdue.
L'apport de Pauli
Pauli, lui, apporte le regard du physicien. La mécanique quantique venait de montrer que, à l'échelle des particules, l'observateur et l'observé ne sont pas séparables, et que certains événements sont fondamentalement indéterminés. Pauli se demandait si cette non-séparabilité pouvait avoir un écho au niveau du sens et du psychisme. Il n'a jamais prétendu l'avoir prouvé. Il a maintenu la question ouverte, ce qui, pour un prix Nobel, est en soi une forme de courage intellectuel.
Ce qu'ils n'ont PAS dit
Rendons-leur justice sur ce point, car c'est là que les récupérations modernes dérapent. Jung et Pauli n'ont jamais affirmé que « tout arrive pour une raison », ni que « l'univers vous envoie des signes », ni qu'on peut prédire l'avenir par les coïncidences. Jung était au contraire très critique de la pensée magique. La synchronicité, chez lui, est un outil d'interprétation du vécu, pas une loi cosmique qui gouvernerait votre vie.
Pourquoi cela compte pour un oracle
Un oracle honnête ne peut pas ignorer cette généalogie. Prendre les synchronicités au sérieux ne veut pas dire y croire aveuglément : cela veut dire les observer avec méthode, sans forcer le sens, sans balayer non plus l'expérience vécue. C'est exactement l'esprit dans lequel je mène mon étude ouverte sur les synchronicités : des données réelles, publiées sans filtrage, sur des tirages au hasard quantique vérifiable, le seul qui aurait un sens si l'on voulait un jour tester sérieusement l'hypothèse de Jung et Pauli.
Ni croyance ni mépris. L'observation patiente, à la hauteur de ceux qui ont ouvert la question.